Spectaculaire Stanislas Ambela Ze

Surnommé « A Mot », ce gardien de la paix, chargé de régler la circulation à Douala, montre un visage avenant de la police nationale.

Il est 14 heures 30 minutes au carrefour Ndokoti. Le site grouille de monde. Voitures, motos et bus se disputent la traversée de cet axe. Cinq policiers dont trois femmes et deux hommes, la mine fatiguée, se débrouillent pour décanter la circulation. Ils n’y parviennent pas. Ça va dans tous les sens. Le piéton doit être prudent pour ne pas se faire écraser par une moto ou un camion. Cinq minutes plus tard, priip ! priiiiiiip ! Quelques coups de sifflet retentissent. « A Mot » est là. Conducteurs de motos, chauffeurs de taxis et même piétons chuchotent. « Gars, attention, A Mot est là. A Mot est là ». Un ouf de soulagement se lit sur le visage de certains usagers tandis que les désordonnés sont un peu contrariés. A présent, attention à celui qui s’amuse à tenter une traversée sans son autorisation.6272425695_45cbec1986_o

En un laps de temps, la circulation se décante. Le carrefour est libre. « A Mot » vient de prendre le service. Vêtu d’une chemise bleu ciel, enfilée sous un pantalon bleu marine, le gardien de la paix est debout sur ses rangers noirs. La tête, la hanche, les bras et les pieds du policier de Ndokoti rayonnent d’un blanc éclatant. Des accessoires dont ils ne se séparent jamais pendant l’exercice de sa tâche. Un assemblage qui ne perd pas de son éclat, malgré son usage régulier. A la hanche, une ceinture blanche avec port d’arme sur laquelle il a accroché une pochette en cuir. Derrière la ceinture, pend une chasuble de couleur verte citron avec des bandes oranges. Sur la tête, repose un chapeau à larges bords, avec des petits trous sur le côté, pour parer à d’éventuelles intempéries, comme le soleil qui brille en ce moment. Même la chaleur qu’il fait en cette après midi de vendredi n’a pas empêché « A Mot » de nouer sa cravate. « Tous les policiers qui dirigent la circulation devraient se vêtir ainsi. Cet habillement fait à ce qu’on vous donne le respect que vous méritez, ça permet aux usagers d’avoir une bonne visibilité et ça protège également le policier », explique l’officier de police.

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Le spectacle

Sa mission, rendre la circulation plus fluide au carrefour Ndokoti. Ce qu’il fait à coeur joie en esquissant des mouvements coordonnés et à intervalles de temps réguliers. Une cadence que les policiers apprennent pendant la formation. Posté en plein carrefour, il attire l’attention des automobilistes, des piétons et des commerçants installés le long de la route. Tête haute, épaule carrée, poitrine bombée, « A Mot » fait le tour du rond point Ndokoti en marquant des pas comme lors d’une parade militaire. Il va à gauche, à droite, est présent partout, comme un robot. Un, deux, trois pas, il est au milieu du carrefour. Il lève les deux mains, fait un signe de croix de sa pomme de main pour stopper la circulation. Une fois les voitures immobilisées, le gardien de la paix, fait un quart de tour, des Brasseries du Cameroun vers « Matgenie ». La main droite levée, d’un mouvement circulaire, il ordonne aux voitures de circuler. Comme un chef de file, il prend la tête de la marche avant de s’arrêter à quelques mètres et ouvre la voie aux automobilistes du côté des brasseries. Sur le coup, le policier est interrompu par un conducteur de moto qui voulait violer le passage. D’un air irrité, il se retourne et donne des coups de pied au « benskinneur ».  Priip priip priiiip, trois coups de sifflet retentissent. « A Mot » reprend les commandes de la circulation. Cette fois, c’est un autre scénario. Le policier du carrefour Ndokoti comme on l’appelle également, positionne les deux mains sur la hanche, il hisse la main gauche et donne le signal tout en sifflant. Dans le mouvement, un autre conducteur de moto veut se faufiler. Il est rattrapé dans sa course. « Et ! Va là-bas », lance « A Mot ». Le jeune homme se résigne et fait son mea-culpa. « J’ai reculé, j’ai reculé, chef.» Ses méthodes ne font pas l’unanimité au sein des spectateurs placés à la station Tradex. « Le père-ci travaille bien mais il est trop brutal. Je suis sûr qu’il prend de la drogue pour agir ainsi», lance un conducteur de moto. Son voisin le ramène à la raison : « Il fait bien son travail. Il est le seul policier qui a su dompter les bendskinneurs. Quand il est là, la circulation est normale ». Ils sont interrompus dans leur discussion par une autre figure du policier.6272421639_198b7364f9_o

Infatigable

« Ce carrefour, c’est moi qui l’ai changé. Avant ma prise de service le 5 janvier 2005, il était impraticable. L’axe Logbaba-Ndokoti encaissant beaucoup de véhicules, quand ça ne circule pas, Ndokoti est embouteillé. Je n’attends même pas un merci de la police », affirme le gardien de la paix, le sourire aux lèvres.  De son vrai nom Stanislas Ze Ambela, « A Mot », le policier de Ndokoti ne se limite pas seulement à ce carrefour, son poste de travail. Il va en renfort dans les axes tels que Tunnel Ndokoti, Socaver, Ndogssimbi, cité des palmiers et Logbaba. Où il décante la circulation avant de revenir à son poste principal. Entre 14 heures, heure à laquelle il prend service, et 22 heures, quand il quitte la scène, il travaille sans répit. En onze années de service, « je n’ai jamais pris de congé », se plait-il à dire. L’incivisme sans cesse grandissant et les difficultés rencontrées ne l’empêchent pas d’être à pied d’oeuvre. Le 19 octobre 2007, il a été victime d’une fracture du bras droit. Les séquelles, encore visibles aujourd’hui, ne l’empêchent pas d’être là à l’heure et de repartir une fois sa journée de travail terminée. 6275464045_3cbedff010_oPère de famille attentionné     

Né le 22 avril 1974 à Kombo, petit village situé dans l’arrondissement d’Assamba dans la région du Centre, Stanislas entre au centre d’instruction et d’application de la police de Mutengené le 12 octobre 2001 après l’obtention du concours des gardiens de la paix en 2000. « J’ai présenté le concours des inspecteurs de police et celui des gardiens de la paix. Je n’ai pas obtenu celui des inspecteurs de police mais ça ne m’a pas dérangé parce que j’étais déjà dans le corps », indique Stanislas Ze Ambela. A sa sortie du centre de formation, il passe deux ans au Groupement mobile d’intervention (Gmi n°2) avant d’être muté au Commissariat central n°2 à Logbaba, où il exerce pendant deux ans. De là, il est affecté au carrefour Ndokoti où il dirige la circulation depuis sept ans (en 2015, ça fait 11 ans ).

Sa passion, il l’hérite d’un policier exerçant à Yaoundé. « Je l’ai connu alors que je vivais chez ma tante qui habitait le quartier Mvog Mbi. Il dirigeait la circulation sur l’axe Mvog Mbi-poste centrale. J’ai été marqué par sa rigueur et son habileté. Pendant son travail, il avait un doigt en l’air et exigeait deux files d’automobile. Lorsqu’un chauffeur transgressait les règles, il arrachait ses dossiers et le jetais aussi loin que possible. Un jour, en voulant jeter le dossier d’un personnel, celui-ci a atterri dans le moteur d’un camion grumier qui passait. Le propriétaire était obligé d’emprunter un autre véhicule pour aller le chercher », se souvient « A Mot ». Aujourd’hui, il adopte cette stratégie pour tous ceux qui transgressent la loi. En fonction des fautes, soit il arrache les clés des automobilistes et les balance aussi loin qu’il le peut, soit il vous fait prêter serment en pleine route. « Tu doit jurer de ne plus commettre la faute. Et si tu le refais plus tard, j’agirais cette fois-là en conséquence et je te donnerai une sanction à la hauteur de ta double faute.»

Celui qui se distingue aujourd’hui par son travail et sa créativité, n’a pas fait de longues études. Il réussit son certificat d’études primaires et élémentaires à l’école publique d’Ekombitié. Dix ans plus tard, Stanislas arrête l’école en 1998, après l’obtention de son brevet d’étude du premier cycle (Bepc) au lycée de Soa à Yaoundé II. Faute de moyens, il se lance dans la menuiserie à l’âge de 24 ans. Il y passera deux années avant de voir son rêve de devenir agent de la circulation le rattraper. A 37 ans (41ans en 2015) Stanislas Ambela Ze est marié à Séraphine Ngassa et est père de cinq filles. Fils d’un planteur, le travail de la terre est pour lui une seconde passion. D’ailleurs, il projette après sa carrière de policier, de se consacrer à celui-ci. « Je dispose de trois hectares de terrain. Je compte les exploiter pour la cacaoyère d’ici peu», se réjouit le policier.

Sa vie en quelques dates

22 avril 1974 : ma naissance à Kombo

5 janvier 2005 : ma prise de service à Ndokoti

27 septembre 2000 : mon premier jour à Mutenguene

19 octobre 2007 : je me fais fracturer le bras droit par un conducteur de moto

12 octobre 2001 : mon diplôme du centre d’instruction et d’application de la police de Mutenguene.

17 avril 2009 : je reçois la lettre de félicitation et d’encouragement, dynamisme et de probité dans l’exécution des tâches professionnelles en qualité d’agent de la circulation par Edgard Alain Mebé Ngo’o.

2010 : Le prix de l’intégrité pour ma brillante contribution à la lutte contre l’insécurité routière au Cameroun pour les années 2007, 2008, 2009.

14 mars 2011 : Le témoignage de satisfaction pour ma contribution à l’accroissement du rendement du service par Martin Mbarga Nguelé (Dgsn).

16 avril 2011: My big award for the forgotten par le Royal development cooperation Cameroon.

Loisirs : visite, sport, film

Ce que j’aime : ma famille et mes amis

Ce que je n’aime pas : le désordre et l’inégalité

Armelle Nina Sitchoma 

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A propos Armelle Sitchoma

Hi! Bienvenue à la source de l'information. Je suis un reporter résident au Cameroun. J'aime l'information, la bonne info, la culture et surtout les TIC.
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5 commentaires pour Spectaculaire Stanislas Ambela Ze

  1. Ngo Mayag dit :

    Merci la go Sitcho. J’ai bcp appris sur notre cher A mot. Il est en France hein. Que tous les policiers doivent mettre la cravate?

    Aimé par 2 people

  2. Ngo Mayag dit :

    Je demande hein la go Sitcho, les bandits ont arraché ton appareil photo?????

    Aimé par 1 personne

  3. tchikaya dit :

    Bon citoyen en esperant qu’il soit récompensé. Il est patriote les gros diplômes importent peu si vous n’êtes pas patriotes
    Besoin de contact de À MOT

    J'aime

    • Hi Tchikaya!
      Moi je l’ai rencontré à Ndokoti à son poste de travail et il m’a reçu après son service. Vous pouvez également faire pareil. Son numéro je ne l’ai plus. Les propriétaires de mon téléphone ont reconnu ça un soir. Désolé!

      J'aime

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